L’objectif
de ce traité de self-défense juridique est
d’aider celles et ceux qui décident d’assurer
collectivement leur défense face à la répression
la plus courante, celle dont se sert massivement la justice
pour faire régner l’ordre social.
La défense collective vise à se réapproprier
les stratégies de défense, qui doivent être
choisies par les accusés et ceux qui s’organisent
avec eux, et non exclusivement par ces spécialistes
du droit que sont les avocats. Elle permet de ne pas se
cantonner à l’aspect juridique et légal
de la défense : elle cherche à créer
le rapport de force qui évite de laisser l’individu
isolé face à la machine judiciaire.
La connaissance de la logique de fonctionnement du droit
et des principes de la procédure pénale doit
permettre de ne pas se focaliser sur celles-ci : maîtriser
ces règles, c’est connaître leur force
et leurs limites, c’est mieux évaluer quand
et comment on peut (ou on ne peut pas) les contourner.
Dans ce guide figurent toutes les informations nécessaires
sur les procédures rapides, qui représentent
plus des deux tiers des affaires jugées par les tribunaux
correctionnels : comparution immédiate, convocation
par procès-verbal du procureur, convocation par procès-verbal
de l’officier de police judiciaire. L’instruction
n’est évoquée que pour éviter
les confusions avec les procédures plus simples.
Ce traité est loin d’être complet : il
faudrait y ajouter les lois sur les mineurs, les sans-papiers,
et détailler les procédures d’exception
(stups, terrorisme, etc.) ainsi que l’harmonisation
du droit européen dans le sens le plus répressif
(délit d’intentionnalité, etc.). Il
faudrait aussi décrire l’extension du fichage
judiciaire et policier, etc.
Ces dernières années, le droit pénal
n’a cessé d’évoluer dans un sens
plus répressif : les tentatives pour donner du droit
une image plus conforme à ce qu’il devrait
être dans l’idéologie des droits de l’Homme
n’y ont rien changé. Les réformes, petites
ou grandes, sont incessantes : l’exception devient
la règle et les lois provisoires deviennent permanentes.
Les versions successives de ce traité sont donc identifiées
par leur date. Plus on s’éloigne de cette date,
plus il est nécessaire de tenir compte des textes
de loi récents. Ce guide sera régulièrement
actualisé par le biais de pages téléchargeables
depuis le site www.actujuridique.com
Par exemple, la future Loi sur la prévention de la
délinquance entend modifier les règles d’effacement
des condamnations au bulletin no 1 du casier judiciaire
: l’actualisation de ce guide sera disponible sur
Internet au jour où ces nouvelles dispositions entreront
en vigueur.
Les sources de ce guide sont, principalement, le Code de
procédure pénale (CPP) et le Code pénal
(CP). Le Code pénal définit les infractions
et donne les fourchettes de peine encourues. Le Code de
procédure pénale explique comment doit se
dérouler l’enquête et le jugement. Les
articles de loi tirés de ces Codes sont identifiés
par leur simple numéro. Lorsqu’il s’agit
d’un article tiré d’un décret,
il est précédé d’un «D»
majuscule (exemple : art. D.48 du CPP). Lorsqu’il
s’agit d’une circulaire, la référence
est citée intégralement. Les circulaires expliquent
et précisent la loi en montrant comment elle doit
être interprétée : cependant, elles
n’ont qu’une valeur indicative.
La loi est complétée par ce que l’on
appelle la «jurisprudence». La jurisprudence
est constituée des jugements de tribunaux qui montrent
comment un article de loi particulier a été
interprété pour être appliqué
: les décisions les plus importantes sont celles
de la Cour de cassation, parce que ses décisions
sont connues de tous les juges (voir «La cassation»,
chapitre 10). Les tribunaux qui
jugent suivant une loi ne sont pas obligés de suivre
la jurisprudence, c’est-à-dire les décisions
antérieures : mais le plus souvent, ils le font.
Certaines décisions de jurisprudence sont donc évoquées
dans ce guide, et, dans ce cas, la référence
la plus complète est donnée. C’est le
plus souvent un extrait du Bulletin criminel (Bull. crim.),
recueil des arrêts de la Cour de cassation (désignés
par l’abréviation Crim. suivie de la date de
l’arrêt). Le Bulletin des arrêts de la
Cour de cassation n’est pas un document facile d’accès,
mais les décisions les plus importantes sont publiées
dans les Codes.
Dans ce guide, le mot «flic» désigne
indifféremment tout type de gendarme ou de policier
quel que soit leur grade ou leur qualité d’officier
de police judiciaire (OPJ), d’agent de police judiciaire
(APJ) ou d’agent de police judiciaire adjoint (APJA).
Les OPJ ont des pouvoirs judiciaires et ont seuls le droit
de procéder à certains actes, comme de décider
du début d’une garde à vue. Ils peuvent
déléguer une grande partie de leurs pouvoirs
à des APJ ou des APJA. Dans les faits, il est difficile
de savoir à qui l’on a affaire.